Observatoire National des Transports de Frêt

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Royaume-Uni / Brexit : la Normandie tire la sonnette d’alarme face au cauchemar d’un « no deal »

À cinq mois à peine de l’échéance du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), prévue le 30 mars 2019 à minuit, la Région Normandie se prépare « au pire » autrement dit à l’absence d’accord sur une sortie ordonnée du Royaume-Uni qui conduirait à un « hard Brexit », un « Brexit dur », un cauchemar administratif. C’est ce qu’a annoncé ce 10 octobre Hervé Morin, le président de la Région Normandie lors d’une conférence de presse sur l’impact du Brexit sur les ports normands. Ce point presse, auquel avaient été conviées les organisations professionnelles du transport routier de marchandises ainsi que les acteurs portuaires et économiques normands, a été donné à la suite de la publication, le 8 octobre, sur le site de notre confrère LaTribune.fr d’une tribune intitulée « Brexit : cri d’alarme des ports et des compagnies maritimes », rédigée par Hervé Morin avec l’ensemble des acteurs portuaires et les compagnies maritimes de Normandie.

Presque deux ans et demi après le vote britannique, des négociations lentes et compliquées sont toujours en cours entre le Royaume-Uni et l’UE. Impliqué dès l’origine sur ce dossier aux conséquences considérables pour sa région bordée par la Manche, Hervé Morin, qui est également président de l’association Régions de France, n’a pas caché son inquiétude quant au sort qui sera réservé aux acteurs portuaires normands. Mais face à l'inconnu sur la forme que prendra la rupture du Royaume-Uni avec l'UE, « soft » ou « hard », la Région et les ports concernés envisagent le scénario le plus noir. Car une chose est certaine : quelle que soit la forme du divorce avec l'UE des 27, les flux transmanches de marchandises mais aussi de passagers seront impactés.

La Région se prépare à un Brexit « dur »

Deux scenarii se présentent en Normandie, territoire qui abrite de grands ports comme le Havre et Rouen, mais aussi des places portuaires comme Cherbourg, Caen-Ouistreham et Dieppe où prédominent les trafics transmanches.

Le premier est « un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni pour que les choses s’organisent avec le minima de dommages collatéraux », a exposé Hervé Morin. La deuxième option, a-t-il avancé, c’est celle d’un « hard Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne  sans qu’il y ait d’accord ».

La région qu'il préside se prépare au second scenario, autrement dit à un Brexit sans accord ou le « no deal », comme il est appelé de l’autre côté de la Manche. Un scénario qui est désormais pris très au sérieux en Europe, comme en témoigne le projet de Loi présenté la semaine dernière en conseil des ministres par la ministre des Affaires européennes, pour habiliter le gouvernement français à prendre par ordonnance les mesures nécessaires.

Mais peu importe le scenario, « du jour au lendemain, le Royaume-Uni redevient un ‘pays tiers’ », a fait savoir Hervé Morin. Il y aura donc des conséquences pour les opérateurs et les autorités portuaires de ce côté-ci de la Manche.

Formalités douanières, contrôles sanitaires, fret et logistique… toute la chaîne logistique sera impactée

Le premier sujet sur lequel s’est penchée la Région dans l’hypothèse d’une séparation dure est le traitement de l’arrivée sous douane des marchandises en provenance du Royaume-Uni. « Il faudra remettre toute une série de formalités et de contrôles », a regretté Hervé Morin. « Du jour au lendemain, a-t-il ajouté, il faudra payer des taxes et des droits de douane, les marchandises devront faire l’objet de contrôles sanitaires, il faudra aussi présenter des documents douaniers etc. ».

Le rétablissement des procédures douanières et des contrôles dès la fin du mois de mars prochain va impacter l’ensemble du trafic autoroutier de cette région. « Ce sont des dizaines de milliers de camions qu’il faudra contrôler », a ainsi prévenu l'élu. De plus, à raison d'un contrôle d'une minute par camion, « la sortie de ferry ne se fera pas en moins de trois heures », a encore déploré l'ancien ministre. Mais c’est aussi « 27 kilomètres de véhicules », a renchéri pour sa part Thierry Grumiaux, délégué de la commission de Transport, international, douane, logistique et nouvelles technologies au sein de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR).

La Région s'est également penchée sur la question de la traçabilité des marchandises transportées. « Ce que nous demandons, c’est que tout soit en place pour le ‘pire’, et donc d’avoir un Cargo Community System compatible avec les ports britanniques, ce qui n’est pas le cas actuellement », a déploré Hervé Morin. Les différents acteurs de la chaîne logistique maritime et portuaire normands devront vérifier la compatibilité de leurs systèmes respectifs avec ceux des autorités portuaires du Royaume-Uni.

Enfin, troisième sujet épineux, celui du fret et de la logistique, et en particulier les nouveaux espaces que la Région devra aménager pour que les camions sous douane puissent être contrôlés. « Sur 46 000 camions, 16 000 seront contrôlés à Ouistreham, 5 000 au Havre et 2 500 à Cherbourg », a renseigné le président de la Région. « Cela impose donc des espaces considérables pour gérer les contrôles », a contesté Hervé Morin.

Le coût d'un rétablissement des contrôles vétérinaires et phytosanitaires

Autre sujet de tension, les contrôles vétérinaires et phytosanitaires. Toutes les marchandises en provenance de pays tiers doivent être contrôlées au premier port d’arrivée. « À partir du moment où l’on décide que la Grande Bretagne est un pays tiers, quels documents faut-il pour les contrôles des produits sanitaires et phytosanitaires d’origine animale et végétale ? », a interrogé pour sa part Michel Segain, le président de l'Union maritime et portuaire (Umep), la fédération des groupements et organisations professionnels du port du Havre. « Les règles phytosanitaires sont extrêmement drastiques », a rappelé de son côté Jean-Louis Le Yondre, président du conseil de développement du Grand port maritime du Havre.

« Il faudra installer des postes de contrôles vétérinaires dans les ports », a précisé Jean-Louis Le Yondre. Mais cela a un coût qu'il estime entre 2,5 et 3 millions d'euros.

La Région plaide également pour que l’État affecte sur l'ensemble des ports normands, et de manière équitable, le nombre suffisant de fonctionnaires chargés des contrôles douaniers, vétérinaires, phytosanitaires. « Le ministère de l’Agriculture doit nous mettre des personnels pour assurer les contrôles phytosanitaires », a estimé Hervé Morin.

Enfin, une part d’incertitude demeure sur le sort réservé aux compagnies maritimes transmanches comme la Française Brittany Ferries, qui a transporté l'an dernier 1,8 million de passagers entre la Normandie et le sud de l'Angleterre. « Le plus important, c'est de trouver un accord pour faciliter les mouvements de biens et de personnes entre les deux pays », a indiqué Nigel Wonnacott, responsable de la communication de Brittany Ferries.

Reste maintenant à voir la capacité de la Région à répondre rapidement pour construire les installations nécessaires en vue d'un Brexit ‘dur’ « qui peut-être n’arrivera pas et dont on estime le chiffrage entre 20 à 30 millions d’euros d'investissements », a conclu Hervé Morin.

https://www.lemoci.com/actualites/entreprises-secteurs/royaume-uni-brexit-la-region-normandie-tire-la-sonnette-dalarme-en-vue-dun-no-deal/

Publié le : 01 - 02 - 2017